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.31/05/2013 Lettre ouverte à Charlie Hebdo par Alain Rubin
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31/05/2013
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Lettre ouverte à Charlie Hebdo par Alain Rubin

À l’attention de Monsieur Charb,

charlie_hebdo.jpgDirecteur de la rédaction
  Charlie Hebdo, 26, rue serpollet
  75020 Paris
  
  
  Monsieur le Directeur,
  
  Le dossier concernant les Touaregs, publié cette semaine, m’a
  déterminé à acheter le numéro 1089 de votre hebdomadaire.
  
  Je ne m’attarderai pas sur ce dossier. Par contre, la lecture du reste
  du journal m’a parue édifiante. En effet, sur seize pages, trois
  laissent apparaître, sous une forme ou sous une autre, de l’hostilité,
  pour ne pas dire plus, envers Israël et, plus globalement, à
  l’encontre du peuple juif.
  
  Les Juifs représentent un peu plus d’1/500ème de l’humanité, mais ils
  se retrouvent mis à contribution, ou plutôt mis en cause, dans presque
  20% des pages de ce numéro de l’hebdomadaire dont vous assurez la
  responsabilité.
  
  Vous ne trouvez pas cela quand même disproportionné?
  
  Vous ne pensez pas, que cette disproportion recoupe les différents
  messages venant de différents horizons, qualifiés à tort ou à raison
  d’antisémites ? Messages selon lesquels, tout ce qui ne va pas quelque
  part doit inciter à rechercher le Juif qui se trouve derrière
  l’événement ou le phénomène, en sa qualité de cause des causes ?
  
  Monsieur Charb, je ne peux manquer de m’interroger, lorsque la même
  semaine on apprend que la guerre (djihad) que font les « tribunaux
  islamiques » de Somalie, -aux populations de ce pays qu’ils estiment
  n’être « pas assez musulmanes », au regard de la charia-, à provoqué
  le déplacement de plus d’un million de Somaliens, vivant dans des
  conditions de grave pénurie généralisée, et qu’elle a coûté la vie de
  258000 personnes de tous sexes et tous âges, dont un grand nombre
  d’enfants.
  
  Manifestement, les populations somaliennes ne semblent guère
  préoccuper votre « rédaction ». Mais peut-être vous
  préoccuperaient-elles si vous trouviez à mettre en cause Israël ? Me
  trompè-je ? Démontrez-le moi.
  
  Attardons-nous maintenant sur ces trois pages du numéro 1089.
  
  Page dix, vous livrez quatre dessins, dont trois concernent les Juifs.
  Un premier dessin, assimilant au « mur des cons » d’une association de
  magistrats, le mur de protection destiné à empêcher, autant que faire
  se peut, les actions des fanatiques bardés et ceinturés d’explosifs
  venant se réduire en charpies, en faisant un maximum de victimes
  juives ou assimilées, au milieu des passagers, dans les bus et aux
  arrêts, au milieu des chalands sur les marchés, dans les restaurants
  ou dans les soirées de mariages ou d’autres cérémonies familiales.
  
  Ensuite, le fait que « Derrick » ait eu un passé de SS devient pour
  Luz un prétexte à faire de « l’humour » sur la déportation des Juifs.
  
  Enfin, troisième dessin sur les quatre que vous avez signés, vous
  mettez à nouveau en cause Israël, au sujet des précautions qu’il prend
  pour assurer sa sécurité, au moyen de vérifications informatiques
  concernant les visiteurs.
  
  Page treize, c’est le dessinateur de « Dick Talon » qui nous livre une
  série de dessins ; sept sur dix-huit mettent en scène des Juifs
  (visiblement des Juifs d’Israël), au sujet du problème de la bombe
  nucléaire iranienne. Le dessin, toujours « humoristique », met en
  cause Israël, pour plaider la cause de la dictature d’Ahmadinejad qui
  affiche ouvertement, depuis qu’elle existe, son espoir de pouvoir «
  vitrifier » Tel Aviv et tout Israël.
  
  Page seize (la dernière) du numéro, on trouve en bas à droite, un
  dessin de Luz, montrant un « mur des gros cons ». Sur ce « mur »,
  trois des six « gros cons » sont des Juifs (un hassidim anonyme, Jésus
  et un autre Juif anonyme porteur d’une étoile de David. Particularité
  de ce Juif sans nom, porteur d’un des symboles du peuple juif : son
  étoile de David porte également une croix gammée. Message suggéré par
  Luz – me démentira-t-il ? – Juif = nazi. Juif égale bourreau. Cela
  s’appelle comment, cette propagande grossière ?
  
  Monsieur le Directeur,
  
  vous ne trouvez pas que 50% de Juifs sur votre « mur des gros cons »,
  cela fait beaucoup.
  
  Ne pensez-vous pas que, ce faisant, votre publication inscrit son
  activité « humoristique » dans une veine littéraire pas spécialement
  drôle, se situant, que vous le vouliez ou non, dans la continuité du
  stalinisme des années cinquante à soixante dix ?
  
  Rappelons-nous, pour mémoire : les procès truqués de Prague et de
  Budapest, de 1951-1953 ; impostures judiciaires organisées contre les
  dirigeants communistes juifs des Partis communistes de Hongrie et de
  Tchécoslovaquie qui déchaîneront l’enthousiasme de l’appareil du PCF
  faisant voter dans les cellules des résolution unanimes réclamant la
  mort pour les « hyènes et les agents impérialistes sabotant la
  construction socialiste » ; la répression de 1968 en Pologne, lancée
  contre les « Juifs sionistes et cosmopolites » qui ne formaient plus
  alors en Pologne qu’une infime minorité de trente mille personnes (sur
  les 3,3 millions de Juifs qui vivaient dans ce pays avant la shoah) ;
  la « normalisation » de la Tchécoslovaquie, menée sans relâche contre
  le « sionisme » dont était accusé de nombreux cadres communistes ou
  socialistes animateurs du printemps de Prague, organisateurs du
  congrès démocratique du Parti communiste tchécoslovaque tenu sous la
  protection des ouvriers armés dans la grande usine métallurgique de
  Visocanny ; « normalisation » frappant toute la population, après
  l’occupation du pays destinée à lui faire passer définitivement le
  goût du printemps de Prague du « socialisme à visage humain ».
  
  Monsieur le Directeur, ce stalinisme totalitaire, trop longtemps au
  pouvoir dans les défuntes « démocraties populaires », se retrouve
  aujourd’hui en 2013 là où on ne devrait pas l’attendre.
  
  Monsieur le Directeur, certaines tournures de cet humour, qui voit le
  Juif partout où les choses ne vont pas comme on voudrait qu’elles
  aillent, nagent dans le sillage de l’autre tradition de détestation du
  Juif, celle qui eut pour nom : les organes de presse hitlériens,
  Stürmer et Beobechter.
  
  La comparaison vous déplaira probablement.
  
  Vous la trouverez peut-être injuste ou exagérée. Regardez les choses
  en face, sans fard : sur le fond et même sur la forme. Si vous allez
  vous plonger dans les archives de ces publications hitlériennes-, vous
  verrez qu’elle ne l’est pas.
  
  En outre, après avoir cloué Jésus au pilori du « mur des gros cons »,
  Jésus le Juif le plus célèbre après Moïse et avant Marx, Freud,
  Einstein et Trotsky, vous vous positionnez en défenseur du dazibao
  totalitaire d’une organisation professionnelle se déclarant syndicale,
  qui glapit au scandale… parce que le grand public est désormais
  informé de ses phobies à sens unique.
  
  Pour terminer, revenons à ce « mur », votre mur.
  
  Il révèle que les Juifs qui, répétons-le, constituent un peu plus de
  dix millions d’hommes et de femmes de par le monde, sur plus de six
  milliards d’êtres humains, se retrouvent à être, pour votre journal,
  50% des « gros cons » dignes de figurer sur ce « qui est qui ? ».
  
  Quand on sait que plus de 50% de tous les prix Nobel ont été décernés
  à des Juifs, on peut aussi se dire que votre animosité, qui ne vous
  rend pas ni muet ni inapte à caricaturer, semble vous rendre, par
  contre : sourd, aveugle et d’une mauvaise foi totale ?
  
  Si la semaine prochaine, un membre de votre rédaction se livrait à un
  exercice consistant à dessiner un mur des génies, récompensés par le
  prix Nobel ou la notoriété mondiale, et qu’y figurait 50% de Juifs,
  vous me verriez devoir avec plaisir vous présenter mes excuses, en
  rajoutant cependant que : l’humour doit, dans certaines circonstances,
  être manié avec circonspection.
  
  Salutations
  
  Alain Rubin



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