14/06/2012



Le Contrôleur de l’Etat Micha Lindenstrauss a remis son Rapport sur l’épisode du « Marmara » en 2010 et comme par réflexe conditionné, les médias israéliens et une partie de la classe politique se sont immédiatement mis en position « Yom Kippour » : « Nous avons fauté, nous avons pêché, nous avons failli…». Face à l’offensive stratégique teintée d’antisémitisme lancée par la Turquie envers Israël depuis quatre ans, la seule réponse forte que vient de donner Israël est un Rapport d’auto-flagellation qui va considérablement affaiblir la position israélienne face à l’antisémite Erdogan, pour sa plus grande satisfaction. Une fois de plus, les contempteurs de l’Etat hébreu pourront se délecter et dire avec soulagement « Vous voyez bien, ce sont les Israéliens eux-mêmes qui le disent ! », à l’image d’une militante de l’IHH turque interviewée dès la nouvelle arrivée sur les bords du Bosphore.
La situation est carrément ubuesque : en mai 2010 le gouvernement turc donnait sa bénédiction à une provocation maritime contre Israël en envoyant le « Marmara » vers les côtes de Gaza, malgré les multiples avertissements israéliens. A son bord des activistes appartenant à l’IHH, organisation islamique proche du Hamas et soutenue par le Premier ministre turc. Tous les éléments recueillis depuis deux ans indiquent qu’une bonne partie de ces militants n’avaient d’humanitaires que le nom et avaient en réalité la ferme intention de « créer un événement médiatique » en provoquant Tsahal, même au risque de « mourir en Shahid » comme le prouvent des enregistrements. Les vœux de neuf d’entre eux avaient d’ailleurs été exaucés lors de l’arraisonnement du bateau par les valeureux soldats de la « Shayetet 13 », violemment agressés dès leur arrivée sur le pont par des « objets humanitaires » : barres de fer, poignards et même armes à feu. Mais l’Histoire retiendra cependant « que Tsahal a tué neuf innocents militants humanitaires ».
Depuis ces événements, les médias, la gauche israélienne et sa cohorte d’intellectuels ne cessent d’accuser le gouvernement israélien d’être entièrement responsable de la « la colère turque » et soutiennent à mots couverts les exigences d’Ankara, oubliant avec une facilité déconcertante que la Turquie avait décidé depuis des années d’opérer un virage stratégique et de tourner le dos à son alliance avec Israël. Et de quelle manière : humiliation du Président Pérès au Forum de Davos, éructations anti-israéliennes et antisémites du Premier ministre Erdogan dans les médias turcs et les forums internationaux, et déchaînement des médias turcs contre Israël et les juifs avec la bénédiction et l’encouragement des autorités. Mais peu importe, cela n’a pas empêché un Daniel Bensimon (Avoda) de déclarer mardi à la Knesset lors des débats sur le génocide arménien, « qu’il rêvait du jour où Israël présenterait ses excuses à la Turquie ». Ce même Daniel Bensimon qui le jour même de l’arraisonnement du « Marmara » était intervenu sur « France 2 » pour enfoncer Israël, briser la timide contre attaque de la « Hasbara » israélienne et parler « d’une opération ratée qui nécessitait une commission d’enquête nationale ».
Le Rapport Lindenstrauss ne remet pas en question la nécessité d’avoir dû utiliser la force pour stopper l’expédition pro-terroriste, tout comme il précise « qu’il n’est pas certain que le bilan eut été moins sévère si les choses s’étaient déroulées différemment ». Mais il pointe du doigt des lacunes dans l’évaluation faite par les services de Renseignements et les processus de prise de décision de l’échelon politique, notamment le Premier ministre et le ministre de la Défense accusés « d’avoir agi en cavaliers seule entre eux », et de « ne pas avoir effectué un travail de fond préalable avec les services concernés ». Mais étant donné les répercussions internationales prévisibles d’un tel Rapport il aurait dû être remis uniquement aux acteurs concernés et aux Commission parlementaires compétentes afin que toutes les mesures soient prises pour éviter de tels disfonctionnements à l’avenir mais sans que cela prenne des proportions internationales grâce aux porte-voix des médias israéliens. Par contre, s’il y a un réel reproche à faire aux responsables politiques concernant cette affaire c’est de ne pas avoir lancé un ultimatum solennel et public à la Turquie, menaçant de couler le bateau au cas où il dépasserait une limite fixée. Face à la détermination israélienne, la communauté internationale aurait alors exercée des pressions suffisantes pour qu’Erdogan renonce à sa provocation.
Lindenstrauss adresse aussi de sévères critiques aux divers responsables de la « Hasbara » israélienne, qui « n’ont pas fourni ce que l’on attendait d’eux », oubliant que la publication même de son Rapport va ruiner toute la « Hasbara » qu’Israël a pu construire depuis deux ans grâce aux films et aux témoignages recueillis sur ce qui s’est réellement passé sur le bateau ! Et le site de « Maariv » pouvait alors titrer : « Même dans la ‘Hasbara’ nous avons perdu » !
Les répercussions de ce coup de tonnerre dans la classe politique sont incalculables. A part l’utilisation cynique que fera la Turquie de ces conclusions sur tous les forums internationaux, y compris sur le plan judiciaire, la gauche israélienne et les médias ont sauté à pieds joints sur ce Rapport pour « mettre en doute les capacités du Premier ministre et du ministre de la Défense à prendre des décisions cruciales y compris sur le dossier iranien ». Et depuis mercredi matin, tous médias confondus consacrent la majeure partie de leurs émissions temps et leurs pages à ce qu’ils qualifieraient presque de « Marmaragate ».
Israël marche sur la tête. Face à un monde arabo-musulman qui depuis des siècles est atteint de la maladie de « c’est toujours de la faute des autres », une partie des Israéliens est à l’évidence dans l’excès inverse : nous nous faisons un point d’honneur à chercher désespérément en nous-mêmes les causes de l’hostilité qui est dirigée contre nous. A l’heure de l’information globalisée, nous prenons un malin plaisir à faire déballage public d’arguments qui seront utilisés contre nous par nos ennemis, qui eux ne s’embarrassent jamais de prises de conscience ou remises en question. Pour parler de l’affaire du « Marmara », Israël aurait dû depuis le début adopter l’attitude du Procureur et non de l’avocat de la défense.
Entre la Commission Kahane sur Sabra et Chatila en 1982 et le présent Rapport, en passant par l’attitude des ONG de gauche et les interventions publiques de Meïr Dagan, Youval Diskin ou Ehoud Olmert contre la politique du gouvernement face à l’Iran, un fil d’Ariane est perceptible à l’œil nu : une impossibilité pour certains israéliens de sortir de la dhimmitude, avec une volonté de toujours se faire aimer et montrer « patte blanche » face à la communauté internationale, même s’il faut précisément pour cela se tirer dans la patte.
Par Shraga Blum – JSSNews
Légende photo : Un soldat israélien lynché par des terroristes turcs
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14/06/12
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